mardi 5 janvier 2010

LE BU ET LE LU

Après une « si longue absence [1]», les deux Singes en hiver sont de retour. Ils s’étaient absentés pour écrire un livre sur leurs tribulations à travers la planète en quête de ces vins « impossibles » dont ils sont si friands. La parution est prévue en mars, chez un grand éditeur. Nous ne révèlerons pas encore lequel, ni le titre, pour faire saliver. En revanche, nous proposons aux lecteurs de ce blog un concours qui consiste à deviner, ce dernier (le titre pas l’éditeur). Celui qui le trouvera ou s’en approchera le plus gagnera quelque chose qui flattera son goût, que nous avons en commun, pour le vin. Quant à l’éditeur, nous nous le révélerons d’ici peu ; nous voulons seulement faire durer le suspense.
Les deux Singes en hiver sont de retour en inaugurant une nouvelle rubrique en hommage à Claude Lévis Strauss, le grand et dernier anthropologue, mort à près de 101 ans, le 30 octobre 2009. Elle s’appelle Le lu et Le bu, en référence à Le cru et le cuit, premier tome de sa série Mythologies paru chez Plon en 1964, qui fut suivi de Du miel aux cendres (1967), L’origine des manières de table (1968), et L’homme nu (1971).
Les deux Singes en hiver tiennent à profiter de la circonstance pour s’insurger contre la manie d’une poignée d’intellectuels français à faire parler les morts, à les convoquer à des débats auxquels ils ne peuvent pas prendre part et pour cause. Ainsi, Claude Lévis Strauss n’était pas encore inhumé qu’il était cité abondamment dans le débat sur l’identité nationale alors que de son vivant il s’était gardé de se prononcer à ce sujet. Il a fallu quelques voix fortes, heureusement il y en a encore, pour mettre fin à cette pratique qui s’apparente à un abus de confiance. Nous, nous ne lui ferons pas dire ce qu’il n’a pas dit. Nous nous contenterons de citer ce jugement : « Le savant n’est pas l’homme qui fournit les vraies réponses, c’est celui qui pose les vraies questions. »
Cette rubrique portera, comme on le devine aisément, sur nos lectures relatives au vin, avec parfois quelques escapades hors de ce domaine de prédilection, si le sujet en vaut vraiment la peine. Nous l’entamons donc par les quatre titres suivants :


- Les 100 mots du vin, Gérard Margeon, Que sais-je ? Puf, août 2009, 9 euros
- Le désir du vin. A la conquête du monde, Jean-Robert Pitte, Fayard, février 2009, 25 euros
- Le voyage insolite de l’amateur de vin, François Morel, Kubik éditions, 2006, 35 euros
- Romanée-Conti 1935, Kaikô Takeshi, traduit du japonais par Anne Bayards-Sakai et Didier Chiche, Picquier pche, 1996, 5 euros


N’ayez crainte, nous n’allons pas vous infliger de longs laïus à leur propos. Les critiques qui réécrivent les livres nous insupportent. Nous voulons simplement vous inciter à les lire parce qu’ils nous ont vraiment plu et donner une ou deux raisons qui ont fait qu’ils nous ont séduits. N’y voyez pas non plus un renvoi d’ascenseurs entre écrivains, entre confrères, parce que d’abord, les deux Singes ne se prétendent pas être écrivains après avoir commis juste un modeste ouvrage, parce qu’ensuite nous n’avons aucune prétention à exercer le magistère de prescripteurs de livres. Nous aimons seulement partager ce que nous aimons.

A tout amateur honnête

Le premier, « Les 100 mots », est l’ouvrage indispensable à tout honnête amateur de vin. Son auteur, chef sommelier des restaurants d’Alain Ducasse, dirige également les ateliers Sommellerie du centre de formation ADF, donc sa compétence est patente, résume avec une grande clarté, avec une précision digne d’un orfèvre ou d’un horloger, tout le savoir de l’œnologie qu’on ne peut ignorer si l’on se targue d’avoir un amour fou pour le nectar de la vigne.
Le premier mot défini est en fait une expression : 45 secondes. Ce laps de temps post-dégustation est recommandé à tout amateur « qui doit faire son choix avant d’acheter ». Il se termine par le mot « vinification ». Entre les deux, ont trouve par exemple cave coopérative, demeter, eau (oui, bien le mot eau à propos du vin), foire aux vins, soleil, soufre, etc…On apprend que la vigne est une liane. On peut lire que « sans un terroir viticole de qualité, inutile de prétendre à la production d’un vin d’équilibre. La main de l’homme et sa connaissance ne pourront que combler en partie certaines déficiences »
Enfin, il énonce une vérité qui mérite d’être répétée à satiété à propos du vin : « De tout temps, les hommes ont apprécié ce breuvage (…) parce qu’ils ont trouvé dans le vin, plus que dans tout autre produit comestible, une diversité de qualité et une saveur inégalée. » Nous pouvons diverger, vous lecteurs et nous Singes, sur bien des sujets mais sur ce point nos avis sont sans conteste unanimes. Oui, le vin c’est « une saveur inégalée ». Indirectement on revient à Lévis Strauss, sous l’autorité duquel est finalement placée cette rubrique. N’était-il pas le théoricien de la diversité humaine et aussi de ses invariants qui donnent au genre humain son unité par delà les apparences ? Le vin est le reflet, le témoin indiscutable, de cette complexité humaine.
- Donc Les 100 mots, un ouvrage indispensable.
- Trois godets décernés par Vins du monde.
- Plus les félicitations des deux Singes en hiver.


Une somme


« Le Désir du vin » est une somme. Une fois lu, on sait tout de l’histoire et de l’avenir du vin. Son auteur, Jean-Robert Pitte, est un géographe-historien, membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, président de l’université Paris IV-Sorbonne de 2003 à 2008. Il est l’auteur de près de 20 ouvrages aux titres aussi variés que ceux-ci, pour n’en citer qu’une poignée qui montre que l’homme est un universitaire éclectique, à l’esprit ouvert donc curieux : Nouakchott, capitale la Mauritanie, Histoire du paysage français, Terre de Castanide, hommes et paysages du châtaignier de l’Antiquité à nos jours, ou encore Gastronomie française, histoire et géographie d’une passion, Le Japon, Le vin et le divin, Jeunes, on vous ment, Stop à l’arnaque du bac. Mais ce n’est pas parce que l’homme fait dans le sérieux que sa plume est indigeste, bien au contraire. La lecture de son livre est gouleyante. En dix chapitres et 329 pages, on a une vue panoramique du vin de son origine à nos jours et travers le monde. Voici quelques titres de chapitres : Le plaisir défendu de l’islam, Luxe, calme et volupté, Une boisson universelle, L’avenir est aux terroirs, Le bonheur de boire du vin.
L’avant-propos nous révèle que la bière est la boisson alcoolisée la plus consommée au monde. Il s’en boit 1,4 milliard hectolitres contre 300 millions de vin, soit en moyenne chaque individu sur terre boit 5 litres de vin par an. Pas mal du tout, mais nous croyons que la consommation des Français qui constitue un des principaux traits de leur identité nationale fausse un peu cette statistique et, quant aux deux Singes, ils sont de loin très, mais très au-dessus de cette moyenne. On apprend que la vigne occupe aujourd’hui 8 millions d’hectares, que le vin donne un emploi à environ entre 3 et 4 millions d’individus sur la planète. Que son chiffre d’affaires mondial représente 120 milliards de dollars (Commentaire des deux Singes : ce n’est pas une bagatelle). Que le chiffre des exportations françaises a représenté en 2007 l’équivalent de 129 Airbus (Alors là les deux Singes en restent sur le cul ; car si, en plus, elle faisait un petit effort commercial comme le font les Argentins ou les Chiliens, la viticulture française pourrait exporter encore beaucoup plus. Elle jouit d’un prestige à nul autre pareil ailleurs dont elle ne sait pas très bien tirer profit).
« Cet essai relève d’une certaine conception de la géographie qui tente de remonter aux sources mentales de la réalité spatiale, dit l’auteur à propos de son livre. Il privilégie les facteurs qui ont contribué à placer le vin au sommet de la culture et donc de l’esprit de liberté de quelques-unes des plus riches civilisations de l’histoire de l’humanité. »
Que ces propos sont doux aux oreilles des deux Singes. Ils se grattent le ventre de satisfaction. Entendre dire ça après quelques foireuses campagnes de dénigrement du jus de la vigne, ça mérite :
- Trois godets.
- Une lecture toute affaire cessante, surtout si on ne veut pas mourir sot.
- Enfin mérite qu’une grande bouteille accompagne la lecture
- Sa lecture constitue un gain de temps formidable. Elle épargne quatre ans d’études universitaires.
- Obligatoire au programme de l’agrégation de géographie.


Un complément au catalogue de Vins Du Monde



« Le voyage insolite » fait partie de la catégorie Beaux livres. Il est très richement illustré. C’est un vrai plaisir de vagabonder en sa compagnie à travers la planète du vin passée et présente. De la coulée de Serrant aux vins du Liban, ils dressent le portrait de cinquante vins. C’est le complément indispensable au catalogue de Vins du monde. C’est un livre indispensable à l’amateur de vin cultivé. Ainsi, la série de portraits se termine sur les vins chinois, comme le Dragon seal, un gamay 2003, « un rouge simple aux notes de petits fruits rouges et de cerise dans style plutôt rustique ».
L’auteur, François Morel, est bien connu dans le monde du vin. Auteur de nombreux livres dont certains chez un éditeur cher aux deux Singes, il est considéré comme « l’encyclopédiste du vin ». Il est le rédacteur en chef de Rouge et Blanc. L’ouvrage manque un peu de cette touche humaine qui reflèterait la personnalité de l’auteur. Le livre est presque trop parfait, un peu froid, et l’auteur un peu trop effacé ; mais c’est le propre de ce genre de livre. A force de vouloir être beau, ils sont un peu trop lisses, un peu comme les pin-up de calendrier. Cela dit, elles sont bien agréables à mater ces pin-up, ce n’est pas les routiers qui nous démentiront. C’est donc un livre a feuilleter, un peu en cachette, comme on parcourait autrefois des ouvrages licencieux, au coin d’un feu de cheminée, un soir d’hiver, bien calé dans un fauteuil club, avec un verre de fine champagne à une main et un havane en bouche. Il mérite donc :
- Trois godets.
- Les félicitations spéciales des deux Singes pour les illustrations et pour le style de l’auteur.
- A être consommer lentement pour mieux le savourer.
- Le froid de cet hiver est arrivé à point nommé à condition d’avoir ce Voyage insolite entre les mains.


La perle


Le romanée-conti 1935, c’est une petite perle, à lire avec délectation, à consommer sans modération, autrement dit à lire et relire jusqu’à plus soif. C’est la découverte par un Japonais de ce grand cru et la révélation de l’enchantement qu’il en a résulté. Voici comment commence le récit : « Un dimanche d’hiver, tard dans l’après-midi, deux hommes étaient assis face à face dans le restaurant d’un gratte-ciel d’acier et de verre. Cirée avec soin, la lourde table en bois de châtaignier, aux dimensions respectables, luisait comme un lac, les veines du bois reflétaient l’ombre d’un vase orné d’une rose. Deux bouteilles de vin étaient posées là, l’une debout, l’autre couchée dans un panier. Ils étaient seuls dans la salle. »
Vous voulez connaître la suite, n’est-ce pas ? Ne soyez pas radin, courrez l’acheter et vous serez vous aussi enchanté. Juste pour exciter encore un peu plus votre curiosité, voilà ce qui est dit du vin : « Ce rouge regorgeait d’une profondeur indicible, et près de son noyau sombre semblait tapi quelque continent, une forêt vierge, un abîme. » Une fois en bouche « on pouvait le rouler, le casser, le briser, jamais il ne s’écroulait. Et quand, finalement, en le faisant glisser vers la gorge, on essayait de percevoir ce que la goutte dévoile au moment de dévaler le ravin, on ne rencontrait qu’une aisance exempte du moindre trouble. » C’est un écrivain japonais qui le dit… c’est un regard venu d’ailleurs, d’une culture étrangère au vin jusqu’à l’ère Meiji. L’auteur a de la plume et l’homme aime le vin, avec passion. A lire en priorité pour savoir comment on peut éprouver un coup de foudre pour le vin.
- Trois godets avec mention plus.
- A recommander en tout lieu, en tout moment, en tout milieu.
- Pour le plaisir solitaire qu’est la lecture.

A bientôt, pour d’autres lectures, si vous le voulez bien. N’oubliez pas, il va y avoir bientôt un concours. Donc soyez assidus et attentifs.

PS : Les deux Singes en hiver ont une primeur. Le mensuel de voyages Ulysse prépare un numéro spécial sur les vignobles du monde pour avril. On en reparlera le moment venu.


[1] Film d’Henri Colpi, 1961, scénarion de Marguerite Duras ee Gérard Jarlot, dans les deux principaux rôles Alida Valli et Geroges Wilson.

jeudi 10 décembre 2009

UN APRES-MIDI AVEC PAUL DRAPER...

Le 2 décembre dernier a eu lieu une prestigieuse dégustation verticale de Ridge Monte Bello à l'Hôtel Le Meurice à Paris.

Le temps d'un après-midi, Paul Draper, célèbre producteur de Ridge élu homme de l'année par le magazine Decanter en 2000 , a captivé tous nos invités en présentant ses vins et son domaine autour du thème: "Qu'est-ce qu'un grand vin ?".

Cet heureux évènement fut l'occasion de découvrir et déguster une sélection des meilleurs millésimes de la cuvée de renommée internationale Ridge Monte Bello, ainsi que des millésimes actuels du domaine.

Pour vivre cet évènement en images, n'hésitez pas à cliquer sur l'album photo "Un après-midi avec Paul Draper de Ridge" (à gauche de l'écran).

mercredi 2 décembre 2009

VIGNES ET VIGNOBLES EN DANGER ?

On l’ignore souvent mais la vigne est une plante fragile. Son affinité pour les sols pauvres et peu fertiles ne permet sa culture que quasi exclusivement en monoculture. La monoculture est par essence plus fragile que la polyculture qui encourage la biodiversité et les cultures associées, en combinant plusieurs espèces végétales sur une même parcelle, limitant ainsi la prolifération des parasites et des ravageurs.

L’apparition de nouveaux agents destructeurs du type Phylloxera

Le plus grand danger qui menace la vigne est le retour d’agents destructeurs de la vigne comme le Phylloxera. Cet insecte originaire de l'est des
États-Unis a provoqué une grave crise du vignoble européen à partir de 1863. Il a en effet fallu plus de trente ans pour la surmonter, en utilisant des porte-greffes issus de plants américains naturellement résistants au phylloxéra.

La réapparition de la maladie de Pierce dans le vignoble californien en 1996 est un rappel, sans doute salutaire, que la vigne est un plante fragile. Cette maladie est causée par une bactérie, Xylella fastidiosa, qui génère la production d’un gel qui empêche le xylène[1] de fonctionner correctement et la plante de pomper l’eau du sol. Les feuilles jaunissent, les rameaux meurent, la plante elle-même pérît entre 1 et 5 ans. Il n’existe aucun traitement contre cette bactérie. Elle est présente auprès de petits cours d’eau nommés « Creeks » que l’on rencontre fréquemment en Californie. Cette maladie n’est pas nouvelle puisqu’elle fût découverte en 1892 par Newton Barris Pierce près de Anaheim [2] où elle détruisit plusieurs centaines d’hectares de vignobles. On retrouve cette bactérie sur la côte sud ouest des Etats -Unis, y compris dans la Napa et la Sonoma ainsi qu’au Mexique, au Costa Rica et possiblement en Amérique du Sud. Il n’existe aucune variété de vitis Venifera résistante à cette bactérie et le Pinot Noir et le Chardonnay y sont particulièrement sensibles. L’université viticole Californienne d’UC Davies travaille actuellement sur la production d’une Vitis Venifera résistante à cette maladie. La proximité de citronniers et de lauriers roses dans les vignobles accroît la présence de cette bactérie car ils sont des hôtes naturels.

Le Réchauffement Climatique


La menace de l’apparition d’agents destructeurs dans les vignes est d’autant plus grande que le réchauffement climatique va grandement perturber les écosystèmes et les conditions hivernales trop douces ne pourront pas éradiquer certains des ravageurs de la vigne. Deux menaces sont immédiates avec la maladie de Pierce et celle du Bois Noir
[3].

Il est n’est pas non plus tout à fait impossible que de nouvelles espèces d’agents destructeurs, en particulier viraux, puissent se développer dans des conditions écologiques aussi dégradées.

Le réchauffement climatique a déjà eu un impact non négligeable sur la viticulture mondiale et l’élaboration du vin. Les degrés d’alcool ont déjà augmentés dans les vins ces trente dernières années. Ce n’est certes pas la seule raison, l’influence de certains journalistes américains et œnologues réputés ayant contribué aussi à cette augmentation des degrés alcooliques au nom d’une meilleure maturité phénolique et physiologique parfois discutable.

L’effet du réchauffement climatique sur la vigne est probablement plus gérable que l’invasion de prédateurs inconnus en particulier avec les techniques de gestion du feuillage (canopee management) et dont la majorité est originaire des pays du nouveau monde (en général plus chauds que ceux de la vieille Europe) et dont Richard Smart [4] en est l’un des aficionados les plus connus.
Richard Smart néanmoins prédit que certains cépages perdront leur couleur et leurs qualités organoleptiques, le Pinot Noir et le Sauvignon Blanc semblent les plus menacés.

Intuitivement si le réchauffement climatique peut être contenu dans les 2°C, (température dont les experts du GIEC [5] nous disent que c’est probablement le maximum gérable), on peut penser que la viticulture s’adaptera dans la plupart des pays du monde. Par contre, un accroissement de la température de 4°C ou plus (tout à fait envisageable aujourd’hui) serait sans doute catastrophique pour la vigne. Mais peut-on utiliser le mot de catastrophe au regard des autres dommages que causeraient une telle augmentation ?

La raréfaction de l’Eau

Elle est aussi une conséquence du changement climatique mais aussi des demandes croissantes d’une population mondiale toujours en augmentation et des méthodes de cultures intensives apparues dans les années 1920.Certaines régions et certains pays sont déjà affectés. L’Australie, bien sûr, qui vit une sécheresse sans doute sans précédent due au réchauffement climatique mais aussi au phénomène climatique El Nino

Les scientifiques ont établi un lien entre l’occurrence du phénomène El Nino dans l’Océan Pacifique et les sécheresses en Australie. El Nino se produit lorsque l’Océan Pacifique se réchauffe, et provoque un climat plus chaud et plus humide qui se déplace vers l’est, laissant un climat plus sec dans le Pacifique ouest et l’Australie.

Le phénomène El Nino le plus dévastateur jamais enregistré a eu lieu en 1997/1998 et avait provoqué une sécheresse en Australie (qui persiste encore aujourd’hui) et en Indonésie ainsi que des inondations au Pérou et en Equateur.
Si la sécheresse devait perdurer on se demande pendant combien de temps l’Australie pourra encore assurer la viticulture industrielle qui a largement contribuée aux succès des vins australiens dans le monde.

D’autres régions sont aussi touchées, comme le Chili et la Central Valley en Californie.

En Europe, certaines régions espagnoles sont en déficit chronique depuis des années. La Macha est plus importante parce plus qualitative que la Rioja. En Italie c’est le Chianti, et en France, le Languedoc Roussillon qui sont les plus touchés.

L’urbanisation


Beaucoup de vignobles se situent en bordure de mer car l’océan agit comme un régulateur thermique. Les bordures de mer sont aussi prisées des spéculateurs et des bâtisseurs de « villages de vacances » . Ici, l’équation est simple. Quand le prix du mètre carré du terrain à bâtir dépasse le prix de la terre plantée en vignobles, ceux-ci disparaissent.

Des vignobles historiques et prestigieux sont menacés. Le vignoble de Crimée au bord de la mer Noire, long de plus d’une centaine de kilomètres et dont les meilleurs vignobles regardent la mer à longueur d’année. Ce magnifique terroir dont le sol est en grand partie composée de schistes est similaire à celui de la vallée du Douro. Il produit des liquoreux somptueux et, à sans doute, comme dans la vallée du Douro, la capacité de produire des vins non mutés de grande classe.

Tant que le vignoble est encore une institution de l’état, un sovkhoze (c’est le derniers en Ukraine), on peut penser que cela sera suffisant pour contenir les spéculateurs et les fournisseurs de loisirs massifiés. Mais ses jours sont comptés comme institution d’état nous dit Boiko, le directeur de la cave de Massandra qui gère une grande partie de ce vignoble et le marché risque fort de régler le sort de ce fabuleux vignoble à plus ou moins brève échéance.

Les vignobles uniques de l’Ile grecque de Santorin sont un autre exemple de vignobles menacés. Cette île volcanique totalement détruite environ 1700 ans avant JC et reconquit par l’homme quelques 3 siècles plus tard est un exemple unique de la capacité humaine à s’adapter à l’adversité car on trouve dans le monde peu de conditions aussi difficiles de culture de la vigne avec des sols arides, battus par les vents et le sable.

Si les conditions géologiques et météorologiques de l’île font de la culture de la vigne, une culture difficile requérant patience, ingéniosité et ténacité, les sols, en partie sableux de l’île ont permis aux vignobles d’échapper aux ravages du Phylloxera et de figurer au palmarès des rares vignobles européens aux ceps francs de pied. La culture de la vigne se poursuit donc par marcottage [6] sans le recours aux greffes des plantes. Mais ce n’est pas les seules difficultés, les vignobles de Santorin ne bénéficient que d’une pluviométrie très faible et les vignes reçoivent les brumes marines durant les nuits d’été qui déposent une quantité d’eau non négligeable. En surface, le sol poreux absorbe « la pluie nocturne » et c’est ce qui explique que les vignes possèdent de nombreuses radicelles en surface, favorables à des productions de grandes qualités gustatives. A ce phénomène marin vient s’ajouter un autre facteur climatique, les “meltèmes”, vents saisonniers qui soufflent l’été venant diminuer le degré d’humidité atmosphérique et protégeant les vignobles de la pourriture grise, danger pour les vignobles des régions chaudes et humides.

Les conditions climatiques si particulières de l’île ont conduit les viticulteurs à adopter un type de viticulture unique au monde.
Les vignes sont taillées en formes basses, proches du sol afin de limiter les besoins en eau et pour les protéger des vents. Une autre caractéristique propre au paysage viticole de Santorin est la taille des rameaux des vignes en corbeille, “ampéliès”, protections végétales contre le sable fin qui meurtrissent les bourgeons. Pour former ces corbeilles, si caractéristiques du paysage viticole de Santorin, les vignerons pratiquent un système de taille appelé le “gobelet en couronne” qui consiste en une courbure et un entrelacement des meilleurs sarments sélectionnés chaque année. Ici, c’est le cépage “assyrtiko” qui règne en maître et qui produit des vins blancs d’une grande pureté, minéraux à l’acidité parfois mordante mais tellement rafraîchissante. Ici aussi l’envahisseur c’est le tourisme avec tout ce qu’il faut pour l’accueillir, bungalow, hôte, cinéma, voiture etc. si bien que depuis une trentaine d’années le vignoble ne survit que grâce au courage et aux sacrifices de viticulteurs passionnés…Mais pour combien de temps ?


le lobby anti-alcool


On ne peut pas dire que la France ait été particulièrement gâtée avec les gouvernements des 25 dernières années. Le patrimoine viticole (et gastronomique) n’est pas particulièrement valorisé par nos politiques contrairement à l’Espagne et l’Italie.

Les responsables politiques et scientifiques n’ont jamais su ou jamais voulu faire la différence entre une consommation d’alcool que l’on peut qualifier de «culturelle » et l’alcoolisme.
On en veut encore pour preuve le dernier rapport de l’Institut National du Cancer publié fin 2008 et qui va bien au delà des recommandations de l’OMS, en expliquant sur des bases scientifiques fallacieuses que toute consommation d’alcool est un inducteur de cancer. Ce rapport ne fait nullement état de la recherche scientifique actuelle qui démontre sans ambiguïté qu’une consommation d’alcool modérée de une a quatre unités par jours est bénéfique pour la santé et un facteur protecteur du système cardio-vasculaire. Le vin a bien une supériorité sur les autres boissons alcoolisées parce qu’il contient, en particulier le vin rouge, des polyphenols qui sont de puissants antioxydants qui ont la capacité d’éliminer les radicaux libres générateurs de maladies graves dont le cancer (voir Vins, Alcool et Santé sur ce blog).
Le sujet est particulièrement sensible voire même émotif car il touche de prêt à la morale et au désir d’une partie de l’humanité de vouloir contrôler l’autre. Le terme d’hygiéniste utilisé pour désigner les opposants à la consommation d’alcool a une forte connotation moraliste. En règle générale, les tenants de la morale hygiéniste sont plutôt du côté des décideurs dans nos sociétés.

La consommation de vins continuera donc de baisser en Europe et en particulier en France, en Italie et en Espagne qui sont les 3 principaux pays producteurs. Pays où il est vrai, la consommation avait atteint des niveaux tels qu’elle était devenue un problème de santé nationale.

La Commission Européenne avait proposé en 2007 un arrachage de 400,000 hectares sur 5 ans dans l’Union Européenne. C’est finalement un arrachage de 200,000 hectares sur trois ans qui sera retenu. En 2009-2010, on arrachera environ 45,000 hectares de vigne dont 7000 en France principalement dans le Languedoc Roussillon.

Il est peu probable que cette diminution ne soit compensée par un accroissement de la viticulture dans les pays du Nouveau Monde car il existe une surproduction mondiale de vin depuis plusieurs années.



[1] Ce tissu de la plante a la capacité de transporter de grandes quantités d'eau et de nutriments depuis le sol jusqu'à l'usine photosynthétique : les feuilles.

[2] Anaheim est une ville de Californie située dans le comté d'Orange, dans la banlieue sud de Los Angeles et à l'est de Long Beach.

[3] Le Bois noir est une maladie de la vigne depuis longtemps mais depuis 1993, on est sûr qu'elle est liée (et probablement due) au phytoplasme du Stolbur. Les phytoplasmes, comme le Stolbur, sont des micro-organismes voisins des bactéries mais sans paroi et non cultivables en dehors d'un organisme vivant. Sur vigne, seuls des tests de laboratoire permettent de différencier sûrement le bois noir de la Flavescence dorée. En 1994, il a été démontré que la Cicadelle Hyalesthes obsoletus, anciennement connue comme vecteur du Stolbur, peut transmettre le phytoplasme à la vigne. Il pourrait donc être le vecteur naturel du Bois noir.

[4] Dr. Richard Smart (né le 6 mars, 1945, Windsor, Nouvelle Galles du Sud) est un viticulteur australien qui a révolutionné la culture de la vigne en particulier dans le Nouveau Monde avec des techniques de gestion du feuillage (canopee management).

[5] Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC, en anglais Intergovernmental Panel on Climate Change, IPCC) « a pour mission d’évaluer, sans parti pris et de façon méthodique, claire et objective, les informations d’ordre scientifique, technique et socio-économique qui nous sont nécessaires pour mieux comprendre les risques liés au changement climatique d’origine humaine.

[6] Le marcottage est une méthode de multiplication qui permet, à partir d’une plante mère, de faire s’enraciner ses rameaux dans de la terre sans être détachés de celle-ci.

jeudi 19 novembre 2009

DERNIERE MINUTE : CHASSEURS DE CRUS EN REDIFFUSION SUR ENVOYE SPECIAL !


Nous venons de l'apprendre, le reportage "Chasseurs de Crus" réalisé par Envoyé Spécial l'année dernière est de nouveau en diffusion ce soir Jeudi 19 Novembre à 20h50 sur France 2 (en troisième partie).

C'est l'occasion de suivre de nouveau Claude Gilois, sélectionneur de Vins Du Monde, au fil de ses voyages et découvertes, traversant le Japon et l'Ukraine, à la recherche des meilleurs crus, pour ensuite les importer en France.

mercredi 18 novembre 2009

LA GUEULE DE BOIS: MAIS QU'EST-CE DONC ?

La première sensation du retour de mes sens et de ma mémoire fut mes premiers pas dans une chambre étrange et lugubre. Ma tête me faisait horriblement mal et j’avais des douleurs dans tous les membres ainsi que des nausées qui s’atténuèrent un peu quand je pus vomir copieusement. En sortant du lit, je vis par l’unique fenêtre, rien d’autre que l’arrière de vieilles maisons d’où apparaissaient des signes variés de pauvreté. A ce moment précis, je ne pense pas qu’il ait existé dans le monde une créature plus misérable que moi. J’ai passé des moments dans un état proche du désespoir.
William Hickey
[1](Spencer 1913)

N’ayons pas la langue de bois et disons le haut et fort : celui qui n a jamais eu une gueule de bois dans notre activité est un fieffé menteur ou un représentant atypique de la profession.

Une gueule de bois est un ensemble de facteurs physiques et mentaux déplaisants qui se produisent après une période de consommation excessive d’alcool. En général, plus la consommation est excessive et s’étend dans le temps plus les symptômes sont importants.

On peut les classifier en plusieurs groupes [i] :

Table 1

Les troubles fonctionnels : Fatigue, faiblesse, soif.
Les douleurs : Maux de tête et douleurs dans les muscles
Les troubles gastro-intestinaux : Nausées, vomissements, diarrhées et douleurs intestinales
Les troubles cognitifs Perte de concentration et d’attention
Les troubles sensoriels : Vertiges, sensibilité à la lumière et au son
Les troubles de l’humeur Dépression, anxiété, irritabilité
Les troubles du sommeil : Manque de sommeil, réduction du REM [2]
Hyperactivité du système nerveux : Tremblements, sudation, tachycardie

Table 2 Les possibles facteurs contributeurs de la gueule de bois

Les effets directs de l’alcool
Déshydratation
Déséquilibre électrolytique
Troubles intestinaux
Hypoglycémie
Trouble du sommeil et du cycle normal de vie
Le sevrage
Le métabolisme de l’alcool et la toxicité des produits intermédiaires
Les effets dus aux produits autres que l’alcool.
Les congénères [3]
L’utilisation d’autres drogues en particulier la nicotine et le type de personnalité du buveur et son histoire familiale

LES EFFETS DIRECTS DE L’ALCOOL

La déshydratation et le déséquilibre électrolytique :

L’alcool est un diurétique. L’absorption de 50 grammes d’alcool dans 250 d’eau provoque l’élimination entre 600 et 1000 ml de fluide[ii]. L’alcool promeut la production d’urine en réduisant la production d’une hormone de l’hypophyse[4], la vasopressine.
De même, la réduction de cette hormone diminue la réabsorption du fluide par les reins ce qui accroît en retour la production d’urine.

Conclusion : Ne dite jamais de quelqu’un qui boit de l’alcool que c’est un boit sans soif !! Il a des bonnes raisons de le faire !!

Les troubles gastro-intestinaux:

L’alcool peut irriter directement la paroi intestinale et retarder la vidange gastrique surtout quand l’alcool absorbé est au dessus de 15 o [iii]. Ce processus de retardement a pour but de limiter la concentration des produits intermédiaires toxiques du métabolisme de l’alcool, en particulier l’acétaldéhyde (voir ci-dessous). L’alcool aussi accroît la production d’acide gastrique ainsi que les sécrétions pancréatiques et l’accumulation de triglycérides dans le foie. Un ou plusieurs de ces phénomènes peut contribuer aux troubles gastro-intestinaux.

L’hypoglycémie :

Le métabolisme de l’alcool résulte en une accumulation de triglycérides et en une accumulation de produits intermédiaires du métabolisme, en particulier l’acide lactique. Ces deux facteurs ont pour effet de réduire la production de glucose. Cependant, ce type de complication ne se produit le plus souvent que lorsque la consommation d’alcool s’étend sur plusieurs jours et que l’alimentation est irrégulière épuisant ainsi les réserves en glucose. Parce que le glucose est une source première d’énergie du cerveau, l’hypoglycémie peut exacerber les symptômes de la gueule de bois (fatigue, irritabilité, altération de l’humeur) mais il n y a pas de recherches qui prouvent formellement que l’hypoglycémie est un facteur déclencheur de la gueule de bois.

Les troubles du sommeil :

L’alcool est un sédatif mais le sommeil induit par un excès de consommation d’alcool peut être d’une durée plus courte (l’alcool se consomme souvent le soir ou la nuit) ou engendrer un effet rebond d’excitation quand le taux d’alcool redevient normal dans le sang [iv]. Le sommeil est aussi de plus mauvaise qualité ce qui explique la fatigue des lendemains arrosés. L’alcool perturbe le cycle du sommeil en réduisant le temps passé à rêver (le sommeil REM) et en augmentant le temps du sommeil profond.
De plus, l’alcool perturbe le cycle circadien [5] en stimulant la sécrétion de l’hormone adrénocorticotropique qui augmente la production de cortisol, une hormone qui joue un rôle important dans le métabolisme des glucides et dans la gestion du stress. D’une certaine manière, la consommation excessive d’alcool induit un effet comparable au décalage horaire qui contribue à l’effet délétère de l’alcool.

LES EFFETS DUS AU MANQUE D’ALCOOL
(SEVRAGE EN FIN DE PROCESSUS D’ELIMINATION DE L’ALCOOL DU CORPS HUMAIN)

Les dictons populaires ont toujours un fond de vérité et celui qui dit « pour éviter la gueule de bois restez bourré » n’échappe pas à cette constatation.
L’ingestion d’alcool résulte en une altération de deux récepteurs situés dans la membrane des cellules nerveuses. L’un se conjugue avec un messager chimique (un neurotransmetteur) appelé acide γ-aminobutyrique (en abrégé : GABA) et l’autre avec l'acide glutamique. GABA est un inhibiteur de l’activité des cellules nerveuses alors que le glutamate est un activateur. Pour contrebalancer les effets sédatifs de l’alcool les cellules nerveuses réduisent la production du GABA et augmente la production du glutamate. Mais quand l’alcool est éliminé le processus reste en déséquilibre pendant un certain temps et l’hyperactivité du système nerveux sympathique provoque les symptômes de tremblement, de sudation et de tachycardie)[v]. Les symptômes de la gueule de bois et ceux associés à l’élimination de l’alcool du corps humain sont donc étroitement liés. Des recherches indiquent que malgré l’apparent effet de sédation qu’elle produit, l’ingestion d’alcool est en fait un processus d’excitation du système nerveux central [vi]. L’absorption de la certaine quantité d’alcool sur une gueule de bois, « la remise en marche de la chaudière » est bien connue pour conjurer le double effet de la gueule de bois et des symptômes de sevrage et sans doute aussi des effets des congénères en particulier le méthanol.

LES EFFETS DUS AU METABOLISME DE L’ETHANOL

Il existe trois voies de métabolisme de l’alcool dont la principale est décrite ci-dessous.
L’oxydation de l’alcool se fait par deux enzymes, l’alcool déshydrogénase (ADH) et Acétaldéhyde déshydrogénase (ALDH).

Ethanol
I NAD+
NADH

(Alcool déshydrogénase) ADH

Acétaldéhyde
I NAD+
NADP

Acétaldéhyde déshydrogénase (ALDH)

Acide Acétique

L’acide acétique est un composant non toxique alors que l’alcool a une faible toxicité.
C’est l’acétaldéhyde qui est potentiellement le composant toxique dans ce processus de métabolisme de l’alcool. Cette substance est classée comme substance préoccupante pour l’Homme en raison d’effets carcinogènes possibles mais les preuves sont pour l’instant insuffisantes
[6]. Chez les sujets normaux, l’acétaldéhyde est métabolisé rapidement par l’ALDH et on ne retrouve que des faibles quantités dans le sang quand le sujet est intoxiqué (inférieur à 1 ЧM) [vii]I. Il est totalement absent quand l’alcool a été totalement éliminé II. Les concentrations d’acétaldéhyde circulant ne sont augmentées que chez les consommateurs chroniques excessifs[viii].
Il est donc fort peu probable que l’accumulation d’acétaldéhyde soit une composante de la gueule de bois sauf chez des sujets qui possèdent une variante beaucoup moins active de l’ALDH, l’ ALDH2*2 . L’ALDH2*1, présente chez tous les caucasiens, est une enzyme très active alors que l’ALDH2*2, une enzyme largement inactive, est présente chez environ 50% des asiatiques. Seuls les sujets déficients présentent une accumulation d’acétaldéhyde qui se traduit par un afflux de sang facial (flush) et des signes d’intolérance à l’alcool (maux de tête, hypotension, tachycardie, brûlures épigastriques), semblables à ceux rencontrés lors de la gueule de bois.

LES EFFETS DUS AUX FACTEURS AUTRES QUE L’ALCOOL
(LES CONGENERES)

Les effets du méthanol :

La grande majorité des boisons alcoolisées contient une petite proportion de composants biologiques actifs, y comprit d’autres formes d’alcool, qu’on appelle congénères. Ils contribuent à la saveur, au goût et à l’apparence de la boisson. Les congénères peuvent être des dérivés de la fermentation ou de la distillation ou peuvent être ajoutés au produit. Des recherches ont montré que des boissons composées d’éthanol pur comme le gin ou la vodka induisaient moins d’effet de gueule de bois [ix] [x] que les boissons contenant des congénères comme le cognac ou le whisky. Un congénère semble être d’une plus grande importance que les autres : le méthanol. L’éthanol et le méthanol sont assez peu différents dans leur structure chimique mais la toxicité de méthanol est beaucoup plus importante que celle de l’éthanol et les deux produits intermédiaires du métabolisme du méthanol, l’acide formique et le formaldéhyde sont particulièrement toxiques. La contribution du méthanol au phénomène de la gueule de bois semble être corroborée par le fait que ce sont les alcools ou les vins élevés sous bois et qui contiennent le plus de méthanol (whisky, cognac, vins rouge) qui donnent les pires gueule de bois. Il est probable que durant le vieillissement sous bois, la concentration en méthanol augmente car le méthanol peut être obtenu par l’oxydation du bois. Il est souvent appelé « alcool de bois », car il était autrefois considéré surtout comme un sous-produit de la distillation du bois.

De plus, une étude expérimentale sur quatre sujets ayant consommé du vin contenant 100 mg par litre de méthanol [xi] a montré que le taux de méthanol persistait plusieurs heures après que l’éthanol ait été métabolisé ce qui correspondrait au temps que dure la gueule de bois. En effet l’éthanol et le méthanol sont éliminés par le même système de métabolisme décrit ci-dessus. Mais le métabolisme de l’éthanol empêche celui du méthanol ce qui expliquerait pourquoi la re-administration d’alcool dans la période de gueule de bois se traduirait par une réduction importante des symptômes.

Certaines personnes sont sensibles au vin rouge et développent des maux de tête. Des recherches récentes ont montré que le vin rouge peut augmenter les taux plasmatiques de sérotonine et d’histamine qui peuvent déclencher des maux de tête chez les personnes susceptibles [xii] [xiii].

Les effets du soufre :

Le dioxyde de soufre est un produit utilisé de longue date lors des différentes phases de la vinification et de la conservation du vin. En cours de vinification, il agit comme stabilisant et prévient les développements non souhaités de micro-organismes (bactéries, levures) pouvant être à l'origine de déviations gustatives. Le soufre est également utilisé pour stabiliser le vin une fois celui-ci mis en bouteilles. Il peut être un contributeur aux effets de la gueule de bois en particulier pour les désordres intestinaux et les maux de tête. Les taux de soufre dans les vins ont eu tendance à diminuer assez fortement ces dernières années.

Les effets d’autres drogues habituellement consommées avec l’alcool :

Beaucoup de consommateurs d’alcool sont aussi des fumeurs de cigarettes ou de cannabis ou des preneurs de cocaïne. Ces substances sont elles mêmes génératrices de gueule de bois. Les effets conjugués de l’alcool et de ces drogues ne sont pas pour l’instant connus.

Les effets dus au type de consommateurs et à l’histoire familiale de consommation d’alcool :

Il existe un certain nombre de recherches qui indiquent que les symptômes de la gueule de bois peuvent être potentialisés par certains aspects de leur personnalité individuelle ou suite à des événements négatifs de leur vie et des sentiments de culpabilité associés à la consommation d’alcool [xiv].
Newlin et Al suggèrent que la consommation d’alcool dans une famille engendre chez les enfants un accroissement de la tendance à consommer de l’alcool et des effets de gueule de bois plus sévères
[xv].

CONCLUSION

La cause du gueule de bois est bien connue : l’absorption excessive d’alcool. Mais les mécanismes biologiques et chimiques par lesquels elle se développe le sont moins et sont d’ordres multifactoriels et se recoupent largement.
Il n’existe pas de cure efficace sauf à part peut-être une que le politiquement correct nous interdit de développer ici.



[1] (1749–1830), Avocat anglais et auteur de mémoires célèbres.

[2] R.E.M. est l'acronyme pour Rapid Eye Movement (mouvement oculaire rapide), le nom donné à l'étape du sommeil paradoxal durant laquelle les globes oculaires s'agitent rapidement alors que le dormeur rêve

[3] Les congénères sont des molécules ou groupes de molécules qui sont apparentés (des dérivatifs d’un même groupe).

[4] L'hypophyse ou glande pituitaire (est une glande endocrine qui se trouve dans une petite cavité osseuse à la base du cerveau. Elle est reliée à une autre partie du cerveau appelée l'hypothalamus. Elle produit des hormones qui gèrent une large gamme de fonctions corporelles, dont les hormones trophiques qui stimulent les autres glandes endocrines.

[5] Un rythme circadien est un type de rythme biologique d'une durée de 24 heures. Ce rythme a des conséquences sur les processus physiologiques des êtres vivants, comme les plantes, les animaux, les champignons et les cyanobactéries. Le terme « circadien », inventé par Franz Halberg, vient du latin circa, « environ », et diem, « jour », qui signifie littéralement « environ une journée ».

[6]. Directive 2001/59/CE de la Commission du 6 août 2001 adaptation au progrès technique de la directive 67/548/CEE du Conseil Européen.

[i] Alcohol Hangover : Mechanisms and Mediators Robert Swift, M.D., Ph.D.; and Dena Davidson, Ph.D.
Alcohol Health & Research World. Vol. 22, No. 1, 1998

[ii] MONTASTRUC, P. L’alcool exagère la soif. (Alcohol exaggerates thirst). HCEIA Informations 4:41–42, 1986.

[iii] LIEBER, C.S. Medical disorders of alcoholism. New England Journal of Medicine 333:1058–1065, 1995.

[iv] WALSH, J.K.; HUMM, T.; MUEHLBACH, M.J.; SUGERMAN, J.L.; AND SCHWEITZER, P.K. Sedative effects of ethanol at night. Journal of Studies on Alcohol 52(6):597–600, 1991.

[v] TSAI, G.; GASTFRIEND, D.R.; AND COYLE, J.T.The glutamatergic basis of human alcoholism. American Journal of Psychiatry 152(3):332–340, 1995.

[vi] BEGLEITER, H.; PORJESZ, B.; AND YERRE-GRUBSTEIN, C. Excitability cycle of somatosensory evoked potentials during experimental alcoholization and withdrawal. Psychopharmacologia 37(1):15–21,
1974.

[vii]Enzyme du métabolisme de l’ethanol.disc.vjf.inserm.fr/basisrapports/alcool_effets/alcool_effets_ch2.pdf

[viii] Land WE. A review of alcohol clearance in humans. Alcohol 1998. 15: 147-160.

[ix] CHAPMAN, L.F. Experimental induction of hangover. Quarterly Journal of Studies on Alcohol 5(Suppl. 5):67–86, 1970.

[x] PAWAN, G.L. Alcoholic drinks and hangover effects. Proceedings of the Nutrition Society 32(1):15A, 1973.

[xi] JONES, A.W. Elimination half-life of methanol during hangover. Pharmacology & Toxicology. 60(3):217–220, 1987.

[xii] PRISTACH, C.A.; SMITH, C.M.; AND WHITNEY, R.B. Alcohol withdrawal syndromes: Prediction from detailed medical and drinking histories. Drug and Alcohol Dependence 11(2):177–199, 1983.

[xiii] JARISCH, R., ANDWANTKE, F. Wine and headache. International Archives of Allergy and Immunology 110(1):7–12, 1996.

[xiv] HARBURG, E.; GUNN, R.; GLEIBERMAN, L.; DIFRANCEISCO, W.; AND SCHORK, A. Psychosocial factors, alcohol use, and hangover signs among social drinkers: A reappraisal. Journal of Clinical Epidemiology 46(5):413–422, 1993.

[xv] NEWLIN, D.B., AND PRETORIUS, M.B. Sons of alcoholics report greater hangover symptoms than sons of nonalcoholics: A pilot study. lcoholism: Clinical and Experimental Research 14(5):713–716, 1990.